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​Hydrogène : développer aujourd'hui l'énergie renouvelable de demain

Energie décentralisée
05/07/2016

Evènement phare de l'ENGIE Innovation Week 2016 en Asie Pacifique, la table ronde sur l'hydrogène a réuni à Singapour un plateau exceptionnel pour parler des opportunités que représente aujourd’hui l'hydrogène.

Quentin Vaquette, intrapreneur ENGIE qui développe le projet « Hydrogen solutions for remote areas » participait à cette table ronde et nous avons profité de son passage en France pour faire le point avec lui sur la place de l’hydrogène dans le mix énergétique de demain.

Quentin, après un parcours d'ingénieur puis d'analyste financier, vous portez aujourd'hui le projet "Hydrogen Solutions". Comment passe t'on de l'analyse financière à l'hydrogène ?

On peut presque parler de révélation... Depuis 4 ans, je travaillais effectivement en Thaïlande, comme analyste financier, et à l'occasion d'un séjour aux Maldives, j'ai pris conscience que toute l'électricité y était produite à base de diesel. C'est à dire, une source d'énergie coûteuse, polluante et non renouvelable.

Je me suis lancé sur mon temps personnel dans un projet de recherche pour identifier des sources d'énergie pouvant remplacer le diesel dans des endroits isolés. Très rapidement, l'hydrogène s'est imposé comme faisant sens, tant du point de vue économique qu'écologique.

J'ai préparé un business case que j'ai soumis au management ENGIE APAC qui m'a accordé 3 mois pour valider ce concept. Au bout de ce temps, j'ai pu montrer que oui, dans des situations isolées, l'hydrogène était une réponse pertinente.

J'ai commencé à développer le projet "Hydrogen Solutions" il y a 6 mois, avec pour enjeu d'obtenir les premiers clients pour développer ce nouveau business que je crois extrêmement prometteur pour l’Asie.

Le premier contrat de collaboration (MOU - memorandum of understanding) a été signé début juin de cette année en Australie, me permettant de passer à la phase de l'étude de faisabilité. Nous avons pour objectif la remise d’une offre commerciale et compétitive d’ici fin 2016 et la signature de notre premier contrat de vente d’électricité long-terme (à horizon 20 ans) pour le milieu de l’année prochaine. Cela nous permettra de passer à l'étape de construction pour une mise en service à l'horizon 2018.


Quel est pour ENGIE le potentiel de l'hydrogène, en particulier au regard de ses engagements de décarbonisation ?

Pour le Groupe, l'hydrogène est un sujet vraiment important, à plusieurs titres.

Qui dit décarbonisation dit renouvelable. Or l'hydrogène est une "enabling technology", une technologie qui permet de palier l'intermittence des énergies renouvelables. Dans ce cadre, l’hydrogène est une solution de stockage très versatile qui a également des applications directes dans le secteur de la mobilité ou de la production directe d’électricité 100% renouvelable, comme mon projet.

Demain, l'hydrogène pourrait remplacer le gaz ! Aujourd'hui, on sait qu’avec le coût actuel des renouvelables et des technologies hydrogènes, si l’on transformait en hydrogène l'électricité produite dans de grandes centrales solaires en zone de forte insolation comme le Moyen Orient, par exemple, on obtiendrait un gaz 100% renouvelable à un coût compétitif avec celui du GNL il y a deux ans, soit 16 $ / gigajoule. L’hydrogène pourrait donc prendre une place importante dans le mix énergétique de demain.

Pour le Groupe, l'enjeu est à mon sens de développer ses compétences en matière d'hydrogène sur des marchés de niche, où il est déjà rentable par rapport au fuel, et d'être prêt pour demain, quand l'hydrogène va décoller.


Quels sont les projets hydrogène développés aujourd’hui, par ENGIE, en Asie pacifique ou ailleurs ?

En Asie, le projet REIDS initié par l'université de Singapour et piloté par ENGIE Lab est une plateforme de recherche appliquée pour tester et démontrer l’intégration de différentes technologies renouvelable et de stockage, dont l’hydrogène, pour les micro-grids en Asie.

Le projet "Hydrogen Solutions" que je porte, qui est le seul autre projet hydrogène d’ENGIE dans la région, est un projet avec une finalité business, et une visée commerciale à court terme.

En dehors d’ENGIE, très récemment, l'hydrogène a refait son entrée dans l’opinion publique. Dans le secteur automobile, les grand constructeurs ont sorti ou vont sortir bientôt des modèles de voitures a hydrogène. Toyota, Honda, Hyundai, BMW, Mercedes, tous sont en train de faire le pas vers les voitures a hydrogène. Ces voitures sont généralement moins chères, avec une autonomie plus importante et surtout un temps de recharge en moins de trois minutes.

L'hydrogène souffre encore d'un rendez-vous raté avec le marché il y a une dizaine d'années. A cette époque de nombreux projets avaient vu le jour, mais le marché et les technologies n'étaient pas encore prêts, et le coût de l'énergie renouvelable encore beaucoup trop élevé. Aujourd’hui, c'est le bon moment. Les technologies ont évolué, et le coût de l'énergie renouvelable est devenu tellement bas que l'hydrogène est à nouveau dans la course.


C'est donc le bon moment aussi pour votre projet ?

Oui, d'autant qu'aujourd'hui, sur le marché, personne ne propose de solution comparable.
Nous sommes repartis de zéro pour imaginer ce projet. Nous avons rencontré presque tous les acteurs de la filière, fait le tour de ce qui existait, pour trouver le bon mix de composants, avec pour objectif un système optimal, moins cher, efficace et facile à maintenir sur des sites isolés.

A partir d'une première sélection de 6 pays en Asie, nous avons affiné notre étude pour nous concentrer sur les Philippines, l'Indonésie et l'Australie. Les discussions avec les autorités de ces pays nous ont permis d'identifier les lieux et les parties prenantes avec qui signer des contrats de collaboration pour développer le projet dans chacun de ces pays.

Notre objectif est de démarrer la première étude de faisabilité cet été, pour remettre une offre commerciale à fin 2016, un début de construction mi-2017 et un début de production à mi-2018.

Nos zones test en Australie, Indonésie et aux Philippines nous permettront d'affiner notre offre et de valider comment le projet fonctionne dans un cadre commercial, avant un développement à plus grande échelle, en Amérique Latine, en Afrique et dans les îles du Pacifique.


La Table Ronde sur l'hydrogène à laquelle vous avez participé le 6 juin est-elle aussi un atout pour vous ?


Oui, tout à fait, pour le projet "Hydrogen Solutions" mais aussi pour l'hydrogène en général. Nous avons pu rassembler de nombreuses parties prenantes, des représentants du gouvernement de Singapour. Il faut savoir que Singapour fait partie des « déçus » de l'hydrogène après des investissements il y a une dizaine d'années, moment où cette solution n'était pas encore rentable.
La table ronde a permis de leur présenter le nouveau contexte et le potentiel de l'hydrogène, et ils ont manifesté un véritable intérêt. Maintenant c'est à nous de faire des propositions concrètes, en particulier dans le domaine de la mobilité ou celui de l’industrie pour Singapour.


Un mot de conclusion ?

Aujourd'hui, nous sommes au moment charnière où l'hydrogène devient compétitif, tout d'abord vis à vis du diesel et en situation isolée. Il nous faut réfléchir et faire l'inventaire des endroits et des secteurs où l'on consomme du diesel pour construire et proposer une offre hydrogène 100% renouvelable.

L'opportunité est déjà gigantesque et demain elle le sera encore plus, au fur et à mesure que cette technologie va gagner en maturité et devenir de moins en moins chère. Les marchés de niche aujourd’hui nous ouvrent la porte des marchés énergétiques de demain.

Source : Christine Leroy