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L'Afrique, un formidable Laboratoire d'innovation pour l'accès à l'énergie pour tous

Energie décentralisée
07/11/2016

Du 19 au 23 octobre 2016 à Paris « Land of African Business » a joué le rôle de think tank pour permettre l'émergence de nouveaux modèles de développement en préambule de la COP 22.

ENGIE Rassembleurs d’Energies était partenaire de cet événement. A cette occasion, Laure Vinçotte, Directrice Générale de Rassembleurs d'Energies est intervenue pour parler de l'accès à l'énergie en Afrique.

Bonjour Laure. Quel est la problématique de l'accès à l'énergie en Afrique ?


Commençons par deux chiffres : 30% de la population africaine consomme 80% de la production globale d'énergie en Afrique.

On pourrait dire qu'en Afrique une partie de la population bénéficie d'une connexion à l'énergie très peu fiable et qui de surcroît coûte très cher. La majorité de la population quant à elle, n’a pas du tout d’accès à l'énergie car elle n'est reliée à aucun réseau. On sait déjà que dans un futur proche, les solutions utilisées aujourd'hui pour accéder à l'énergie ne seront pas suffisantes. On n’a pas les moyens en Afrique de développer des infrastructures massives, d'autant que la densité démographique est très faible, l’habitat très dispersé et les distances importantes. Dans ce contexte, il est difficile et très coûteux d’aller chercher le client où il est.


Quelles solutions d'accès à l'énergie sont-elles en train de se développer en Afrique ?

Ce qu’on voit émerger ce sont des solutions adressées aux populations qui n’ont pas accès au réseau électrique, soit parce qu’elles ne peuvent pas payer la connexion, soit parce qu’il n’y a pas de réseau.

Ces solutions sont de deux types, les solutions individuelles et les mini ou micro réseaux.

Les solutions individuelles permettent de fournir aux populations le premier niveau de besoin : la lumière, la charge du téléphone portable et la charge de petits appareils électriques, type radio, voire de petites télévisions. Dans ce type de solution, le client c’est la maison.

Ce sont des systèmes solaires individuels, qui combinent une technologie relativement simple avec un business model très innovant. Ces solutions sont développées par des entrepreneurs qui intègrent toute la chaîne de valeurs, du design de la solution jusqu’au service après vente de leurs clients.

Ce qui est très intéressant dans ces solutions, c’est qu’elles s’appuient sur l’infrastructure telecom qui est déjà existante, et qui leur permet à la fois de communiquer avec leurs clients et à ceux ci de payer. En Afrique, on a développé de façon très importante le mobile banking qui a supplanté les systèmes bancaires classiques, car ils sont mieux adaptés aux besoins de la population.

Ces solutions individuelles permettent vraiment de changer la vie des gens puisqu’elles sont moins chères et plus sures.

C'est par exemple, la solution proposée par Fénix international en Ouganda : un petit solar home system, avec un panneau de 17 watts, une batterie et un système informatique qui permet de monitorer à distance le produit. Cela permet d’avoir 4 lampes LED, un chargeur de téléphone, une radio et une lampe torche. Fenix a aujourd'hui 80 000 clients !

D’autres entreprises émergent aujourd’hui sur ce créneau, qui répond à un vrai besoin, et permet de gérer la difficulté du last mile distribution.

Pour ces entrepreneurs privés, ENGIE Rassembleurs d’Energies agit comme un corporate impact investor. C’est un fonds d’investissement à impact, dédié à l’accès à l’énergie qui est aujourd'hui actionnaire minoritaire de certaines de ces sociétés.
Rassembleurs d'Energies sélectionne les entreprises dans lesquelles il investit en fonction de leur business model, de la viabilité de leurs solutions, de l’innovation mise en oeuvre, mais aussi, et c’est très important, en fonction de leur impact social. C’est un critère déterminant pour Rassembleurs d’Energies : sans impact social, nous n’investissons pas.


L'autre catégorie de solutions correspond aux solutions dites collectives.

Là, le client n’est plus la maison, ça peut être le village, la communauté, la collectivité. Dans ces cas, nous avons affaire à des mini grids, des mini réseaux. Bien sûr, on parle toujours d'énergie décentralisée, d’énergie renouvelable, solaire ou autre. Dans ce cas, le client va payer un abonnement pour se connecter au réseau, et en fonction de sa consommation.

Plusieurs business models coexistent : le client peut prépayer sa consommation par exemple.

La particularité de ces mini grids, c’est que la puissance distribuée est beaucoup plus importante que dans les systèmes solaires individuels. Ces mini réseaux permettent des usages productifs de l’électricité : on peut brancher un frigidaire, une machine à souder, un garage automobile, un commerce, un moulin etc… Ils contribuent ainsi au développement de l’économie.
Des exemples en sont le projet PowerCorner développé par ENGIE en Tanzanie, ou Ausar Energy dans lequel Rassembleurs d'Energies a investi.


Ces deux types de solutions coexistent donc ?

Aujourd’hui on voit plutôt décoller les entrepreneurs qui travaillent sur les systèmes individuels. Il y a une demande massive, c’est très peu cher pour le consommateur, et le bénéfice qu’il en retire est immédiat.

Les entreprises qui développent des mini grids sont moins nombreuses. Elles développent des pilotes fin de tester le business model mais le potentiel est très important et certainement très prometteur

ENGIE, au travers de Rassembleurs d’Energies est actionnaire de certaines de ces solutions décentralisées, mises en place par des entrepreneurs privés, en particulier en Afrique, mais aussi en Inde, au Mexique et prochainement en Asie du sud est.

Une table ronde traitait spécifiquement de l'importance du cadre régulatoire pour favoriser le développement de nouvelles solutions d'accès à l'énergie.

Bien sûr, l'Afrique n'est pas un continent uniforme, c'est une mosaïque de 54 pays avec des démographies, des contextes humains et surtout des contextes régulatoires différents.

En Afrique aujourd’hui, certains pays sont clairement plus favorables à l’émergence de solutions portées par des entrepreneurs privés, de par leur culture entrepreneuriale ou leur législation. Si ENGIE a développé PowerCorner en Tanzanie, c’est parce que les conditions y sont favorables : le marché, les besoins et une régulation favorable pour développer ce type d’initiatives. En Tanzanie, les entrepreneurs ont la possibilité de fixer un tarif, alors que dans d’autres pays les tarifs sont imposés ce qui rend la viabilité économique du projet plus difficile.

L’accès à l’énergie en Afrique représente un défi immense, des besoins considérables, mais aussi des opportunités formidables. Toutes les solutions que l’on développe aujourd’hui avec des entrepreneurs pour imaginer des solutions destinées aux populations les plus reculées sont des innovations qui peuvent nous servir, et nous servir ailleurs, dans d’autres continents et même ici. L’Afrique est ainsi un formidable laboratoire d’innovation sur l’accès à l’énergie pour tous.



Source : Thomas Bardy