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Bio-polymères, performance industrielle, innovation et facteur humain

Territoires
07/10/2019

Utiliser l’intelligence de la nature pour élaborer de nouvelles solutions au service de la performance industrielle et éviter de recourir à des produits chimiques polluants : c’est l’idée développée par Marianne Gallardo et ses partenaires, qui depuis plusieurs années s’attachent à montrer qu’une idée peut avoir plus d’une vie, si elle bénéficie des bons supports et si elle est bien menée.


Qui est Marianne ?

Après un Doctorat en chimie analytique (spectrométrie de masse), je suis arrivée en 2007 chez Gaz de France à la suite de ma thèse et de mon post doc en milieu médical et pharmaceutique. Le ENGIE Lab CRIGEN (centre de recherche d’ENGIE) recherchait un expert de ma discipline.

Un Groupe industriel comme ENGIE est toujours soucieux de l’impact qu’il peut avoir sur l’environnement et sur la santé des personnes. De fait, au Centre de Recherche, plusieurs missions portaient sur ce sujet. Logiquement, la recherche de solutions alternatives éco-responsables est alors devenue un sujet à part entière.

Je souhaitais garder la double compétence en chimie analytique et en bio chimie / biotechnologies que j’avais acquise lors de mes études. C’est ainsi que l’on m’a confié une mission commanditée par Elengy pour trouver une alternative aux traitements chimiques appliquée à l’eau de mer employée lors du procédé de regazéification du GNL.


C’est quoi ce projet ?

L’activité industrielle historique d’ENGIE est intimement liée aux ressources naturelles, gaz bien sûr, mais parfois aussi eau. Dans tous les cas, il faut maîtriser à la fois le soutirage et les rejets de ces ressources naturelles

Les réseaux industriels en eau (de mer ou douce) (par exemple pour les échanges thermiques permettant de réchauffer ou refroidir les fluides) sont pour le moment soumis à la chloration ou à l’usage d’autres produits chimiques toxiques. Car si l’on ne traite pas l’eau circulant au sein des circuits, alors des macro-organismes (mollusques, algues) se développent, envahissent les parois et obstruent les canalisations, entraînant une chute de performance et de fiabilité redoutée par les exploitants. Maîtriser la performance et la fiabilité de ses infrastructures, comme les réseaux en eau, tout en maîtrisant leur impact sur l’environnement est donc aussi au cœur des métiers d’ENGIE. 

Il ne s’agit ni de traitement de l’eau potable, ni d’épuration de l’eau pour la rendre potable. Il s’agit d’utiliser la ressource naturelle « eau » pour nos activités industrielles, et de la rejeter à l’environnement de façon plus propre et responsable. La réglementation tend aujourd’hui à fortement réduire l’usage des solutions à base de chlore ou d’autres molécules très toxiques pour l’environnement et à promouvoir des solutions « vertes » pour diminuer les impacts environnementaux.

Dans ce contexte à très forts enjeux, nous avons développé Bioscyance, une solution utilisant des bio molécules marines naturelles pour éviter la formation d’organismes vivants (algues, mollusques ou bactéries) dans les réseaux en eau industriels et les réseaux d’eau urbains. Il s’agit d’un sujet de chimie verte, de recherche de nouvelles molécules. 


Les bio-polymères marins, utiliser l’intelligence de la nature

Les bio-polymères marins sont des chaînes de sucres naturellement secrétées par des bactéries présentes dans les mers et les océans, sous la forme d’un mucus (celui qui recouvre les rochers et qui nous fait glisser).  Ces bactéries peuvent être cultivées industriellement dans des bio réacteurs. Les bio polymères sécrétés sont alors séparés et conditionnés pour être ensuite injectés dans les réseaux industriels d’aspiration d’eau. 


En détectant la présence des bio-polymères, les éléments vivants présents dans l’eau reçoivent le signal – ici un leurre – que le domaine est déjà colonisé. Ils vont alors stopper leur croissance, se mettre en dormance, sans être détruits.  La nature n’aime pas le conflit, les micro-organismes passent donc leur chemin pour aller se développer en dehors des infrastructures industrielles.Nous jouons ici sur le principe de compétition naturelle entre espèces.


L’importance du facteur humain dans l’innovation

L’innovation, pour moi, c’est partir ou repartir de zéro, découvrir quelque chose qui n’a jamais été fait ou employer quelque chose dans un tout autre domaine que celui auquel il était destiné à l'origine. C’est  accepter de se tromper, de recommencer en modifiant sa façon de faire mais pas son objectif. Il s’est trouvé que ma façon de mener ce projet innovant réponde à l’objectif d’Elengy et motive les équipes : la filiale d’ENGIE a financé le projet entre 2013 et 2018. Ma route a également croisé celle de plusieurs personnes dont le soutien m’a permis d’avancer. 

Mon cursus a été celui de la R&D et de l’innovation : travailler à prouver scientifiquement que l’innovation technologique développée tenait la route, mais il a aussi représenté une aventure de rencontres humaines, y compris celle d’Isabelle Kocher à qui j’ai pu présenter directement mon projet. 

Au-delà de l’enjeu professionnel, ces rencontres ont été un vrai booster au plan personnel. Il ne faut surtout pas sous-estimer le côté humain dans l’innovation. Quand on porte un projet innovant, on peut se sentir« mal compris » ou parfois même à la marge. C’est souvent compliqué de défendre un projet qui  dépense de l’argent sans tout de suite être rentable.

Dans ce parcours, les Trophées de l’Innovation du Groupe ont joué un rôle important. Le dépôt de dossiers aux Trophées de l’Innovation est inscrit dans les objectifs du ENGIE Lab CRIGEN, qui affiche ainsi les projets les plus audacieux, de l’idée jusqu’au business. 

J’ai tenté le coup, alors que mon projet était encore au stade de l’idée, avec des résultats en laboratoire et 2 dépôts de brevets mais pas encore d’expérimentation sur site industriel. A ce stade, je voulais le faire connaître, prendre date et intégrer l’écosystème de l’innovation du Groupe : il s’agissait tout de même d’une première biotechnologique pour ENGIE, en partenariat avec une jeune start-up bretonne, Polymaris Biotechnology, dont le sujet annonçait résolument la prise de conscience environnementale que l’on vit aujourd’hui. J’ai ainsi rencontré Florence Cariou, et son appui m’a boostée et poussée à continuer. Même si mon idée n’avait pas été tout de suite primée, j’ai pu  - par deux fois - l’exposer lors du marketplace de projets, la défendre, montrer ses avancées.

En 2017, après avoir élaboré plusieurs pilotes semi-industriels (chez Elengy mais aussi à DK6 et pour la Marine Nationale) et obtenu des résultats concrets et probants sur site, j’ai à nouveau présenté mon projet pour montrer non seulement son évolution et son passage au stade de l’industrialisation, mais également pour présenter son fort potentiel business. Cette nouvelle candidature aux Trophées ainsi que la formation Coup de Pousse (un bootcamp d’une semaine pour développer une idée business, créé par Valérie Blanchot-Courtois), mes communications sur Yammer … m’ont permis d’être encore mieux identifiée par la communauté de l’innovation, mais aussi par la communauté RH Talents, en la personne de Valérie Gaudart. Car au-delà du projet « technique » et de sa thématique éco-responsable, c’est aussi ma démarche personnelle de m’investir dans un projet audacieux qui était ici reconnue. 

Ce soutien m’a donné accès à la formation « 66 miles » de Paris Pionnières (aujourd’hui Willa), une formation dédiée à l’intrapreneuriat au féminin qui permet pendant 6 mois à des femmes - porteuses de projets professionnels ou personnels au sein de leur entreprise - d’acquérir un savoir-faire sur la défense de projets, notamment au travers du « pitch ». Cette formation (complémentaire à Coup de Pousse) m’a permis d’affiner et structurer mon projet, savoir le défendre devant un jury et déployer son potentiel et - in fine - remporter un Trophée dans la catégorie « Green Business ».


De l’idée à la New Business Factory

Après ce Trophée, j’ai poursuivi une forme de lobbying pour ne pas que Bioscyance « s’endorme ». Grâce à des arguments techniques et économiques fiables, le projet a été intégré au portefeuille de la New Business Factory d'ENGIE Fab en 2018. 

A cette étape, Marie-Laurence Wacquez, Business developer experte, avec une forte connaissance du secteur industriel et notamment celui en lien avec la gestion de l’eau est entrée dans la boucle. C'est une alliée de poids, elle a très vite adhéré personnellement au projet et nous formons un duo efficace dans le développement de Bioscyance au sein d’ENGIE et à l’externe, depuis bientôt 1 an.

Nous avons deux objectifs en parallèle pour la fin de l’année. 

- Amener à l’industrialisation de la solution sur le site Elengy à Fos Cavaou, le site qui nous a toujours soutenu. C’était notre premier sponsor, et nous allons tout faire pour que ce soit notre premier client. L’étude d’ingénierie, pour industrialiser en 2020 la solution sur leur site, est en cours.

- Nous avons aussi réalisé un pilote pour la Marine Nationale à Brest en 2017.  Ce pilote a été si probant et le projet les a tellement bluffé qu’au lieu de passer par l’étape du démonstrateur industriel, ils nous ont directement demandé une solution commerciale pour laquelle nous sommes en train de finaliser la proposition.

Ces échéances représentent des étapes-clé pour Bisocyance, car c’est par elles que nous aurons nos deux premières références-client.  Nous devons également travailler à déployer l’offre, à toucher un maximum de prospects d’ici la fin de l’année. 

Dans le même temps, il faut trouver de nouveaux sites de tests pilotes, des relais R&D, de nouvelles applications pour montrer qu’au-delà des essais en eau de mer pour Elengy ou la marine nationale, cette technologie peut aussi s’appliquer au domaine du dessalement par exemple ou encore aux réseaux en eau douce (réseaux urbains de chauffage et de refroidissement).

En fin d’année, nous présenterons nos avancées en comité d’engagement, et nous ferons tout pour convaincre de lancer Bioscyance en accélération ou a minima de continuer de valoriser cette innovation et son potentiel.


En conclusion, Bioscyance…

C’est un projet fédérateur, lié à l’écologie, une solution inédite éco-responsable, dans laquelle nous utilisons des molécules naturelles issues de l’océan pour traiter l’eau et préserver les infrastructures industrielles. Pour moi c’est un projet « feelgood » car le sujet est beau et parce qu’il rassemble des personnes très diverses et très riches en termes de compétences, d’histoire, de bienveillance, etc…

C’est une véritable aventure humaine, et je ne m’y attendais pas. 

Si on ne rencontre pas la ou les bonne(s) personne(s), si on ne se donne pas envie ensemble, c’est difficile d’innover. Ne pas oublier l’humain me tient à cœur, ne pas oublier le plaisir qu’on a à innover ensemble. Pour moi, ce n’est pas uniquement le potentiel business du projet qui a convaincu, même si bien sûr nous avons apporté des chiffres et des preuves, mais aussi les personnes qui l’ont porté et y ont cru.

Rencontrer chez ENGIE une communauté qui met notre aventure en valeur et qui -d’une façon ou une autre – la soutient fait du bien. La direction et mes collègues du ENGIE Lab CRIGEN, les équipes d’Elengy si investies, les acteurs de l’Innovation chez ENGIE si passionnés, de la RH talents si curieux et bienveillants, puis les équipes d’ENGIE Fab, tellement structurantes et aidantes mais aussi toutes les personnes-clé externes rencontrés au fil de la vie du projet (Polymaris, V. Blanchot-Courtois et d’autres experts ou acteurs dans les domaines de l’eau, du business, de l’industrie, de l’entreprenariat etc…) tous m’ont permis de garder le cap et l’envie dans le processus de développement que j’avais lancé pour Bioscyance. 

Le doute, la peur sont des "idea-killers" redoutables et malheureusement, ce sont souvent les premiers sentiments-réflexes que l’on rencontre quand on commence à communiquer autour d’une idée ou d’une innovation. L’innovation ne porte ses fruits que grâce à la bienveillance et à l’audace d’un groupe d’individus et si mon projet en est là aujourd’hui c’est parce qu’il a été écouté, entouré, et soutenu par tous ces "idea boosters"..


Source : Christine Leroy


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