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Intellinium protège la vie des travailleurs avec une chaussure de sécurité connectée et smart

Bâtiments connectés
03/04/2018

Si je dis « équipement de sécurité » vous pensez sans doute casque et gilet jaune… Intellinium, une startup provençale, révolutionne cette image traditionnelle en développant une chaussure de sécurité connectée et intelligente.

Lauréat de nombreux prix, Intellinium a été invité à Viva Technology par ENGIE et exposera donc du 24 au 25 mai prochain. Mathieu Destrian son CEO nous présente l’entreprise qu’il a créée en 2009 et sa vision du futur.


La mission d’Intellinium est la protection des actifs industriels, au sens large, c’est-à-dire les infrastructures, les machines, et surtout les humains. 

Pour cela, nous avons développé des équipements de protection intelligents et connectés, avec un focus particulier sur la sécurité des agents sur le terrain et notamment des travailleurs isolés. Dans le monde, un salarié meurt toutes les 15 secondes de causes liées à son travail. Notre métrique, c’est le nombre de vies sauvées ou la réduction des conséquences des accidents sur le lieu de travail, ce qui représente des coûts sociaux, sociétaux et financiers énormes. 

Tout comme l’ordinateur de bord d’une voiture a virtualisé et rassemblé des équipements différents (par exemple GPS et production de musique), nous avons rendu obsolète la quasi-totalité du matériel électronique utilisé par le travailleur (comme par exemple les dispositifs PTI & DATI voire le téléphone portable). Nous permettons ainsi d’« économiser » beaucoup d’électronique, avec à la clé une réduction importante des déchets électroniques, ce qui nous a valu d’être identifié entreprise RSE. Moins d’électronique, donc moins de matériaux rares, moins de consommation d’énergie si on considère que des millions de travailleurs ont sur eux chacun 3 ou 4 équipements électroniques.

De plus nous apportons de meilleures performances grâce au design technique et à de nouveaux composants innovants. La vraie valeur de notre innovation se situe dans le hardware, l’équipement et les problématiques de connexion. Nous travaillons à l’heure actuelle sur la 3ème génération de notre produit dont la mise en production est prévue pour fin 2018 avec notamment l’intégration de 3 protocoles télécom : 2G, 4G LTE-M1 et 4G LTE-NB1 (connu aussi sous le nom de NB-IoT). 

Afin d’offrir plus de pénétration et de couverture que les solutions actuelles, nous utilisons deux stratégies télécom, une accroche cellulaire et l’utilisation combinée du Bluetooth Low Energy (BLE dans sa dernière version 5) qui permettent une grande variété de configurations et assure une meilleure couverture. D’autre part, nous utilisons une eSIM dans notre équipement, qui représentent immédiatement un accès temps réel à 100% des opérateurs télécom de tous les pays européens (c’est comme si votre téléphone avait une dizaine de cartes SIM installées).  Enfin, nous utilisons des canaux techniques optimisés permettant de profiter du moindre accès à un réseau, ce qui permet notamment de pouvoir émettre/recevoir dans des conditions télécom très difficiles.

Notre équipement permet de ce fait de couvrir des zones pseudo blanches sur lesquels seuls certains opérateurs passent. Dans les vraies zones blanches, qui sont rares, nos équipements sont capables de se « mesher » entre eux, c’est-à-dire de créer des connections point à point dans un réseau ad-hoc. Même en plein cœur du Sahara, vous gardez la possibilité, dans un certain rayon, d’envoyer un message d’alerte à un collègue de travail qui ne pourrait pas vous entendre ou vous voir, la communication se faisant par l’intermédiaires de vibreurs et de membranes d’appui localisés dans la chaussure.

 Qu’allez-vous montrer sur votre stand à Viva Technology ?

Nous allons montrer une version allégée de ce que nous avons présenté au MWC (mobile world congress)  à Barcelone : une tablette qui servira de dashboard et de visualisation et un équipement connecté, en l’occurrence une chaussure, intégrant notre technologie, et avec laquelle nous pourrons démontrer la capacité d’interaction entre un agent sur le terrain et ses collègues de travail ou manager.

Qu’attendez-vous de cette participation à Vivatech aux côtés d’ENGIE ?

Tour d’abord, d’approfondir notre relation avec ENGIE. Nos premières rencontres datent de 2014 sur un dossier smart city à Casablanca, pour lequel nous avions répondu à un appel d’offres avec ENGIE Cofely et ENGIE Ineo. Nous avons ensuite gagné un dossier de recherche avec le CRIGEN, puis participé à l’appel à projets portant sur la prévention de la déshydratation des travailleurs sur le terrain au Moyen Orient.  La problématique de cet appel à projets est très intéressante car elle concerne d’autres acteurs industriels soit sur le sujet du grand froid ou celui des coups de chaleur.
Toujours dans le cadre de notre relation historique avec ENGIE, nous avons remporté en décembre 2017 le Prix Med Innovant, remis par Michel Estève, le Directeur Régional ENGIE pour le Sud Est. 

Donc être présent avec ENGIE à Vivatech, c’est une nouvelle occasion de vous rencontrer et de peut-être trouver un levier de collaboration, par exemple un démonstrateur.
En tant que startup, nous nous nourrissons des attentes, des contraintes, de la complexité des demandes des Grands Groupes. Nous sommes déjà en discussion avec un certain nombre de groupes du CAC40 mais il est important pour nous de continuer à évangéliser sur les nouvelles technologies qui sont notre force.
Nous espérons également trouver des partenaires techniques. Par exemple, nous savons que les grands comptes souhaitent des passerelles avec des gros systèmes comme SAP, Business Object ou Sharepoint, qui ne sont pas notre spécialité. De nombreux intégrateurs pourraient collaborer avec nous sur cette partie et nous espérons en rencontrer à Viva Technology.

Un exemple de cette démarche : en février nous avons reçu un prix à Munich, à l’occasion duquel nous avons noué des liens avec une startup portugaise qui détecte et prévient les malaises cardiaques grâce à des t-shirts connectés et embarquant des capteurs ECG. Ils sont devenus des partenaires techniques et nous allons intégrer grâce à eux un capteur cardiaque qui détecte la fatigue, le stress ou un risque d’accident cardiaque grâce au rythme cardiaque.
Ce type de rencontres nous intéresse tout particulièrement car dans un monde de plus en plus technologique toutes les expertises très pointues, notamment sur le hardware, nous sont précieuses.
 
Pourquoi avoir choisi la chaussure ? Parce que tout le monde est bien obligé d’être chaussé dans un univers professionnel ?

C’est effectivement une des réponses. Mais il y en a d’autres.

  • Pour limiter les risques liés à l’exposition aux ondes éléctromagnétiques reconnue par l’OMS (cancer) et le risque financier qui peut en découler pour un employeur obligeant un salarié à porter des équipements (transfert de responsabilité), sans compter le risque de rejet par les CHSCT ou les salariés eux-mêmes par principe de précaution, il y a obligatoirement 3 zones à éviter : la tête, la poitrine, et la zone génitale. Ce qui laisse finalement assez peu de possibilités pour venir mettre l’équipement doté de l’ensemble des technologies de calcul et de communication. La technologie pertinente pour les équipements périphériques est le Bluetooth Low Energy et ce à des niveaux de rayonnement très faibles qui ne permettent de transmettre que sur une distance de 1 ou 2 mètres, tandis que la chaussure abrite le « hub » ou la « gateway » du travailleur qui viendra recevoir les flux d’autres équipements de protection, les traiter et assurer le lien avec l’extérieur. Notre technologie n’est pas dans la semelle mais à l’extérieur, ce qui expose moins les tissus aux rayonnements et amène de meilleures performances (breveté).
  • Nous envisageons d’ici la fin de l’année de récupérer l’énergie produite en marchant à travers des technologies de Energy Harvesting sachant qu’il y au niveau du pied jusqu’à 4 sources possible de récupération d’énergie.
  • Si les mains ou les bras sont bloqués, occupés ou fracturés, comment envoyer un signal de détresse? Dès que les deux mains sont prises, pouvoir communiquer avec l’orteil représente un gros avantage. Une membrane externe permet aussi d’utiliser les mains. Comment communiquer dans un environnement bruyant qui interdit d’utiliser la voix ? Les 2 vibreurs situés eux-aussi au niveau du pied permettent de ressentir et de comprendre les messages transmis par l’extérieur et cela quel que soit l’environnement externe. Le dispositif a fait l’objet de la première demande de brevet.
  • Enfin, en termes d’ergonomie, les dizaines de grammes de surpoids passent quasiment inaperçus au niveau du pied, car ils sont placés très bas. Au niveau du cou ou de la taille, ils finiraient par créer des troubles musculo squelettiques (TMS). Nous avons beaucoup travaillé avec les syndicats et les CHSCT, car nous sommes à l’intersection de contraintes sociales, sociétales, réglementaires, salariales… Si on croise toutes ces contraintes on sait à 99.9 % que le pied sera le meilleur endroit où placer le dispositif.  



C’est l’utilisateur qui active la communication avec son orteil, ou la chaussure est capable de relayer par elle-même un risque de danger ?

La chaussure est bourrée d’algorithmes et elle sait prendre ses propres décisions, d’où son côté « Intelligent ». L’intelligence artificielle présente dans la chaussure a pour ordre de protéger et sauver la vie. La chaussure devient ainsi un compagnon présent en permanence auprès du travailleur et capable de suivre son activité en local, mais sans tracking ni données remontées en central à son employeur,  pour monitorer la condition de la personne, pouvoir en cas de malaise ou de perte de conscience « réveiller » la personne et enfin envoyer un signal d’alerte en l’absence de réponse du travailleur.


Pour vous l’avenir sera …


Je dirais : l’avenir sera studieux !

L’industrie 4.0 oblige à rebattre les cartes et ramène à la question : « qu’est que je sais » ou plutôt « qu’est-ce que je ne sais pas » ! Elle oblige donc à être studieux, à réinventer en permanence des modes de travail collaboratifs. Nous travaillons sur des sujets techniques très complexes avec des fondeurs de silicium, des fabricants de composants, des opérateurs telecom… et nous essayons d’apporter des réponses à tout un ensemble de contraintes avec des arbitrages parfois difficiles.
Les réponses ne sont pas écrites, il faut les chercher et se mettre à travailler ensemble. C’est en ce sens que l’avenir sera studieux.


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