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Peu de doctorants, en seulement trois ans, parviennent à assembler comme Nicola, un outil qui couvre à la fois la physique, l’économie et l’aide à la décision. Dr Thomas Guewouo
Ingénieur spécialisé dans le secteur de l’énergie, je viens de terminer ma thèse de doctorat menée en collaboration avec le Lab Crigen et l’école des Mines d’Albi.
Mon parcours a commencé en Italie, en 2014 à la faculté d’ingénierie énergétique de l’Université de Padoue, ma ville natale. J’ai choisi cette filière parce que, au cours des années précédentes, j’avais développé une sensibilité particulière au changement climatique et j’ai donc décidé de consacrer mes études à la lutte contre ses causes.
Au fil de ma formation, j’ai compris l’importance de la transition énergétique ainsi que du développement technologique et industriel nécessaire pour la soutenir. À la fin de mon master, j’ai cherché une opportunité à l’étranger afin d’élargir mes compétences et mes horizons, et l’offre d’ENGIE pour un contrat en alternance dans le domaine de la mobilité hydrogène m’a immédiatement intéressé. Ce projet me permettait d’appliquer les compétences acquises durant mes études à un sujet d’innovation technologique visant à réduire l’impact climatique du secteur des transports.
Le sujet de ma thèse de doctorat est l’optimisation du design des stations de ravitaillement pour les véhicules lourds à hydrogène. Les véhicules lourds à pile à combustible promettent de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre du transport routier de marchandises, qui représente actuellement 6 % des émissions totales en Europe, mais il s’agit encore d’une technologie émergente. L’un des principaux freins à sa diffusion est le développement d’une infrastructure de distribution permettant d’alimenter les camions de manière sûre et à faible coût.
Pour répondre à ce besoin, nous avons développé une nouvelle méthodologie de conception des stations de ravitaillement, basée sur la modélisation thermodynamique et économique de la station et de ses composants. Cette méthode, intégrée dans un outil appelé HyFill, permet d’identifier la configuration optimale de la station, c’est‑à‑dire de choisir les composants qui permettront d’assurer le ravitaillement des clients au coût le plus faible possible.
À la fin de mon année en alternance, j’ai eu la sensation d’avoir seulement effleuré un sujet au potentiel bien plus vaste. Lorsque mes encadrants, Quentin et Thomas, m’ont proposé de rester avec un contrat de doctorat CIFRE, dans lequel j’aurais la possibilité de définir moi‑même les objectifs du projet et de choisir le groupe de recherche académique qui nous accompagnerait tout au long de la thèse, j’ai accepté.
C’était pour moi une occasion unique : pouvoir travailler sur un projet de recherche pour lequel j’étais passionné, tout en en déterminant la direction et les ambitions. En effet, la thèse me permettait de collaborer étroitement avec le meilleur de la recherche scientifique et industrielle, et me poussait à progresser tant sur le plan de la rigueur scientifique et méthodologique que sur celui de la gestion de projets de R&D, où concrétude et résultats sont attendus.
De plus, l’environnement de travail que j’avais observé au Crigen m’avait très positivement surpris par son cadre stimulant, où il est possible de grandir professionnellement en côtoyant des personnes hautement compétentes.
Pour moi, réaliser une thèse de doctorat est une étape essentielle dans la vie d’un chercheur, que ce soit dans le monde académique ou dans celui de l’industrie. Mener à bien une thèse permet de se confronter à des défis que l’on ne rencontre dans aucun autre parcours.
Tout d’abord, le doctorat signifie, par définition, repousser les limites de la recherche et donc de la connaissance : un doctorant explore un territoire nouveau, incertain, où les résultats ne sont jamais garantis, même si les attentes – en particulier envers soi‑même – sont souvent très élevées.
S’engager dans un tel projet oblige à apprendre à gérer une démarche complexe, à planifier ses échéances, à faire face aux imprévus, à reformuler ses hypothèses lorsque c’est nécessaire et à maintenir sa motivation même lorsque les résultats tardent à arriver.
En parallèle, faire une thèse permet de grandir à la fois comme chercheur et comme professionnel : apprendre à être rigoureux scientifiquement, à travailler de manière méthodique, à échanger avec des experts très compétents, à communiquer ses résultats de façon claire et convaincante.
C’est un parcours qui forme en profondeur, car il ne se limite pas à “apprendre quelque chose”, mais enseigne surtout comment apprendre, comment aborder des problèmes nouveaux, comment construire des solutions robustes et innovantes.
Enfin, la thèse est importante pour moi parce qu’elle représente une opportunité unique de contribuer concrètement au progrès technologique dans un secteur – celui de l’énergie – que je considère comme central pour l’avenir de la planète. Savoir que mon travail peut avoir un impact réel sur la transition énergétique a été la motivation principale qui m’a poussé à entreprendre ce parcours.
Nicola nous a rejoints il y a un peu plus de trois ans au sein de l’équipe mobilité hydrogène du Lab Hydrogène. Il travaille sur un sujet crucial pour le Groupe : l’optimisation techno-économique des stations de ravitaillement hydrogène pour la mobilité lourde. C’est un domaine encore jeune, techniquement exigeant, où les standards sont en construction et où chaque choix d’ingénierie peut avoir un impact direct sur les CAPEX, les OPEX… et sur la compétitivité du kilogramme d’hydrogène distribué en station.
Ce qui frappe rapidement chez Nicola, c’est sa rigueur et sa curiosité scientifique. Dès son arrivée comme alternant, il a montré un intérêt pour la modélisation thermodynamique en prenant en main assez rapidement les briques de l’outil interne (HyFill) de simulation thermodynamique des stations de ravitaillement (HRS) hydrogène en cours de développement dans l’équipe. Il a dès lors été force de proposition pour les pistes d’améliorations de l’outil ce qui nous a permis de voir en lui le candidat idéal pour la thèse que nous souhaitions lancer pour accélérer le développement de l’outil et soutenir le groupe dans son ambition de devenir un grand opérateur de HRS en France.
Une thèse CIFRE a donc été construite entre le Lab Crigen et l’IMT d’Albi, lancée en Janvier 2023 et soutenue en Décembre 2025. Soit trois années d’efforts continus au cours desquelles Nicola a montré une constance remarquable : il a mené en parallèle la modélisation thermodynamique, le développement d’un modèle IA accélérant les calculs de propriétés thermodynamiques, la techno-économie, puis l’optimisation via l’algorithme génétique. Peu de doctorants, en seulement trois ans, parviennent à assembler comme Nicola, un outil qui couvre à la fois la physique, l’économie et l’aide à la décision.
Aujourd’hui, je peux témoigner que Nicola est devenu un référent sur ces sujets. Un jeune chercheur motivé, extrêmement autonome, qui comprend aussi bien les détails d’un système thermodynamique comme une station hydrogène que les enjeux stratégiques de la filière mobilité lourde hydrogène. Pour nous au Lab Hydrogène, l’accompagner dans cette aventure a été un plaisir et une vraie fierté.
Je pense d’abord qu’une thèse ne doit jamais être un choix par défaut. C’est un engagement intense, exigeant, parfois éprouvant. Il faut avoir envie de creuser un sujet jusqu’au fond, d’aller au delà de ce qu’on connaît déjà, et d’accepter que la recherche, parfois, avance par petites victoires. Si on a cette envie, une thèse est probablement l’une des expériences les plus riches d’une vie professionnelle.
Pendant une thèse, on a un luxe que l’on retrouve rarement : le temps d’apprendre réellement, d’explorer un sujet dans toutes ses dimensions. On gagne une méthode de travail, une autonomie, une maturité scientifique qui resteront un acquis pour la vie. On découvre des communautés, des conférences et parfois des experts du monde entier dans son domaine. Et surtout, on devient un spécialiste. Pas seulement sur un outil ou une technologie, mais sur un ensemble cohérent de connaissances qu’on a soi même contribué à construire.
Pourquoi le Lab Crigen en particulier ? Parce que c’est un lieu unique.
Ici, on fait de la recherche appliquée, mais sans perdre la profondeur scientifique. On travaille sur des sujets qui ont un impact immédiat : la transition énergétique, les gaz verts, les infrastructures industrielles de demain. Chaque projet, chaque modèle, chaque simulation peut avoir une conséquence directe sur une décision d’investissement ou de restructuration du groupe.
Le Crigen, c’est aussi une diversité rare : ingénieurs, chercheurs, docteurs, experts métiers… On discute aussi bien de thermodynamique, d’optimisation ou de modélisation plus généralement que de normes européennes, de stratégies industrielles ou d’opérations terrain. On reste proches des besoins du Groupe, tout en ayant la liberté intellectuelle nécessaire pour innover.
Enfin, il y a le fameux état d’esprit du Lab Crigen : un endroit où l’on est bien entouré. Les doctorants ne sont pas dans un coin : ils sont intégrés à des équipes, au cœur des projets, au contact d’experts qui partagent leurs expériences et qui prennent plaisir à transmettre.
Pour résumer, si un jeune chercheur hésite : une thèse, c’est l’occasion de vivre trois ans où l’on devient vraiment expert, où l’on progresse énormément, et où l’on contribue à des enjeux concrets. Et au Crigen, c’est l’assurance de le faire dans un cadre exigeant, bienveillant, et directement connecté à la transition énergétique du Groupe.
Merci Thomas et Nicola pour vos réponses inspirantes, et encore toutes nos félicitations à Nicola pour cette brillante réussite dont nous gageons qu’elle n’est que le début de réalisations au service de l’avenir de la planète.