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GOCO₂ : transformer les infrastructures gazières en leviers de décarbonation
Viva Technology 10/06/2026

GOCO₂ : transformer les infrastructures gazières en leviers de décarbonation

Face à l’urgence climatique, certains secteurs industriels se retrouvent confrontés à des émissions dites « incompressibles », pour lesquelles les leviers traditionnels de réduction ne suffisent plus. C’est notamment le cas de la production de ciment, essentielle à nos infrastructures mais fortement émettrice de CO₂. Pour relever ce défi, de nouvelles solutions émergent autour du captage, du transport et du stockage du carbone. Avec GOCO₂, ENGIE — à travers Elengy et ses partenaires — développe une infrastructure innovante au cœur des territoires, pour accompagner concrètement la décarbonation des industriels.

GOCO₂ consiste à développer une infrastructure intégrée de liquéfaction et d’export du CO₂, au service d’une chaîne globale de décarbonation.

Joachim Labauge
Directeur de développement CO₂
Elengy

Le projet GOCO₂ vise à éviter l’émission de plus de 2 millions tonnes de CO₂ par an, soit l'équivalent des émissions annuelles de la Métropole de Nantes.

Joachim Labauge, Elengy

Présenté à VivaTech sur le stand ENGIE, le projet GOCO₂ illustre comment transformer des infrastructures existantes en leviers de la transition énergétique. En s’appuyant sur le terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne, cette initiative propose une chaîne complète de valorisation du CO₂, du captage jusqu’au stockage géologique.

Au-delà de la performance technique, GOCO₂ incarne une vision : celle d’une industrie française capable de se réinventer, d’innover et de contribuer activement à la neutralité carbone.

Joachim Labauge, directeur de développement CO2 chez Elengy répond à nos questions.

Pouvez-vous présenter le projet GOCO₂ ?

Le projet GOCO₂, présenté sur le stand ENGIE à VivaTech, s’inscrit dans une dynamique visant à accompagner la décarbonation des industriels, notamment autour de nos terminaux méthaniers existants. 

Il a pour but d’accompagner les industriels du Grand Ouest dans leur transition, en leur permettant de capter le CO₂ issu de leurs émissions avant de l’acheminer vers des sites de stockage géologique permanent. Pour certains secteurs, cette stratégie de captage et de stockage est aujourd’hui indispensable pour réduire leurs émissions.

GOCO₂ s’appuie notamment sur deux grandes cimenteries situées dans l’ouest de la France : Lafarge en Mayenne et Heidelberg Materials dans les Deux-Sèvres. Côté Groupe, Natran est en charge du développement de la canalisation qui reliera ces sites au terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne, exploité par Elengy. Aujourd’hui dédié à l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL), ce terminal a vocation à évoluer pour intégrer des capacités de liquéfaction et de chargement du CO₂. Celui-ci pourra ensuite être transporté par voie maritime vers des sites de stockage, notamment en mer du Nord.

Pour Elengy, GOCO₂ consiste à développer une infrastructure intégrée de liquéfaction et d’export du CO₂, au service d’une chaîne globale de décarbonation. Si le projet répond d’abord aux besoins de gros émetteurs, il ouvre également la voie à une forme de circularité, en facilitant à terme la connexion entre émetteurs et utilisateurs de CO₂.

Ce projet illustre parfaitement notre capacité à capitaliser sur notre savoir-faire existant. L’activité historique du terminal méthanier consiste à réceptionner du gaz naturel à l’état liquide à -160°C, puis à le regazéifier. Ce processus libère de grandes quantités de froid. À l’inverse, la liquéfaction du CO₂ nécessite de l’énergie. En couplant ces deux activités, nous pourrons utiliser le froid du GNL pour liquéfier le CO₂, réduisant ainsi la consommation énergétique globale dans une logique d’intégration des processus.

En résumé, GOCO₂, c’est mettre notre expertise et nos infrastructures au service d’une industrie plus décarbonée.

Qui sont vos clients et qui sont les utilisateurs de la solution ?

Le projet répond en priorité aux besoins de décarbonation des cimenteries. Celles avec lesquelles nous travaillons émettent chacune environ 1 000 000 de tonnes de CO₂ par an.

Dans ce secteur, près des deux tiers des émissions ne sont pas liées à la combustion de combustibles, mais à la transformation du calcaire en ciment. Ce processus libère du CO₂ dit « incompressible », pour lequel il n’existe pas d’alternative directe aujourd’hui. Dans ce contexte, le captage et le stockage du CO₂ apparaissent comme la seule solution viable pour réduire ces émissions. GOCO₂ s’inscrit précisément dans cette logique en proposant une chaîne complète de transport et de stockage.

Les deux cimentiers constituent nos « émetteurs d’ancrage » : ils apportent les volumes nécessaires au lancement du projet. Mais l’infrastructure développée a vocation à s’ouvrir progressivement à d’autres acteurs, notamment des émetteurs plus petits situés dans la région. Elle ouvre également des perspectives en matière de valorisation du CO₂, en favorisant l’émergence d’une véritable économie territoriale du carbone, au fur et à mesure que les infrastructures se développent.

Quels bénéfices apporte votre solution ? 

Le projet GOCO₂ vise à éviter l’émission de plus de 2 millions tonnes de CO₂ par an, soit l'équivalent des émissions annuelles de la Métropole de Nantes.

Au-delà de cet impact direct, il permet de structurer une filière complète de captage, transport et stockage du CO₂, indispensable pour accompagner la décarbonation de secteurs industriels difficiles à abattre. (Pour en savoir plus:  concertation.GOCO₂.fr)

Comment allez-vous présenter GOCO₂ sur le stand ? 

Nous présenterons une maquette illustrant les installations existantes GNL et les futures infrastructures CO₂, ainsi que leur interconnexion.

Elle permettra notamment de visualiser les synergies énergétiques entre les deux systèmes, en particulier l’utilisation du froid issu du GNL pour la liquéfaction du CO₂.

Quel message clé souhaitez-vous que les gens retiennent après vous avoir rencontré ?

Nous souhaitons montrer que la désindustrialisation n’est pas une fatalité en France. De nombreux acteurs industriels sont pleinement engagés dans la transition et œuvrent pour construire une industrie décarbonée, compétitive et ancrée dans les territoires.

GOCO₂ en est une illustration concrète : il démontre comment une infrastructure existante, dédiée à l’importation de GNL fossile, peut évoluer pour devenir un levier de décarbonation. Cette transformation est à la fois innovante et porteuse d’avenir.

Quel sera votre prochain défi ?

Comme tout projet d’infrastructure d’envergure, GOCO₂ fait face à des défis importants, à la fois financiers, organisationnels et industriels.

Les investissements nécessaires sont très importants : les cimentiers doivent financer leurs unités de captage, Natran la canalisation, et Elengy les nouvelles installations au terminal.

L’enjeu clé réside dans la viabilité économique du modèle. Aujourd’hui, les industriels peuvent encore arbitrer entre investir dans la décarbonation ou continuer à émettre en s’acquittant de quotas carbone, dont le prix se situe actuellement autour de 70 à 80 € la tonne. Pour rendre ces projets attractifs, il est nécessaire que ce prix augmente ou que les coûts des solutions diminuent. Le projet a toutefois bénéficié de soutiens publics significatifs, permettant de réduire l’écart économique et d’envisager des décisions d’investissement plus favorables.

Un autre défi majeur réside dans la coordination des acteurs : pour réussir, tous les maillons de la chaîne doivent avancer en parallèle, avec un haut niveau d’alignement technique, financier et opérationnel.

C’est un projet ambitieux, complexe, mais aussi particulièrement stimulant.

Si votre innovation atteint pleinement son objectif, qu'est-ce qui aura changé dans le monde d'ici 10 ans ? 

Même si les usages évoluent, le ciment restera un matériau essentiel, notamment pour les infrastructures liées aux énergies renouvelables. Il est donc crucial de le rendre compatible avec les objectifs climatiques. Avec GOCO₂ nous disposerons de ciment décarboné, avec une réduction significative des émissions de CO₂ dans l’atmosphère.

À plus long terme, ces infrastructures pourraient également permettre de créer un véritable écosystème territorial du CO₂  avec des perspectives de réutilisation et également des émissions négatives avec du CO₂ issu de la biomasse.

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